Dans toutes les traditions spirituelles et philosophiques, la respiration occupe une place cruciale, véritable interface entre le corps, l’âme et l’esprit, et les pratiques respiratoires ont de tout temps été un support privilégié d’accès à la nature profonde de l’homme.

La science médicale occidentale a éliminé de sa conception du processus respiratoire toute dimension spirituelle ; pourtant, un nombre très important d’individus est concerné par des perturbations physiologiques et psychologiques associées à des dysfonctionnements respiratoires.

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Auteur : Bernadette Blin

La respiration anime inlassablement la présence du possible en nous. Luis Ansa

S. Grof a appelé sa méthode Respiration Holotropique. Le mot holotropique vient des mots grec « holos » qui désigne le tout, la globalité, l’unité, et « tropein » qui signifie se diriger vers, être attiré vers. Un état de conscience holotropique désigne notre mode de fonctionnement quand nous sommes tournés vers la globalité, l’unité, la transcendance. Nous sommes dans un état de conscience hylotropique lorsque, comme la plupart du temps, nous fonctionnons dans le monde de la matière et de l’ego.

Le stress, dans toutes ses manifestations, a des incidences inévitables sur le mécanisme de la respiration et à l’inverse, une respiration limitée, insuffisante ou bloquée engendre stress ou angoisse dans des proportions parfois dramatiques pour les sujets.

La respiration est naturelle, instinctive et toujours présente (on ne peut pas décider d’arrêter de respirer), mais elle peut être contrôlée, guidée, dirigée, amplifiée ou réduite.

C’est au sein de cette marge d’influence de notre conscience que peuvent s’ouvrir des espaces de découverte étonnants.

Une nouvelle discipline 

La psychologie transpersonnelle, discipline créée dans les années 60, s’intéresse à l’étude des états modifiés de la conscience.

L’homme ordinaire, dans son fonctionnement habituel, n’est en contact qu’avec une partie de lui-même, comme si tout un domaine demeurait caché et ne se révélait qu’à celui qui part à sa rencontre.

La psychologie transpersonnelle prend appui sur les grandes traditions mystiques, sur le chamanisme et sur les découvertes les plus récentes de la neurophysiologie, de la biologie, la physique, etc.

Différents chercheurs, médecins, psychologues et psychiatres nous ont révélé le potentiel de guérison et de transformation des états modifiés de conscience, que je préfère pour ma part, appeler états expansés de conscience.

Roberto Assagioli, psychiatre et psychanalyste italien, parle de « refoulement du sublime », précisant que c’est le refoulement de la dimension la plus élevée de notre nature qui engendre névrose et souffrance.

Abraham Maslow, psychologue américain, véritable initiateur du mouvement transpersonnel dans les années 60, après avoir étudié les effets et l’impact d’expériences spontanées d’extase, d’ouverture de conscience, états qu’il qualifie de paroxystiques, arriva à la conclusion que l’individu ne peut se réaliser, s’accomplir, au sens noble du terme, que par l’accès à ces dimensions supérieures de lui-même.

Pour lui, l’homme « normal » n’a pas développé toutes ses potentialités et ne réalise pas ses aspirations les plus profondes.

Le docteur Stanislav Grof, psychiatre d’origine tchèque, vivant depuis longtemps aux Etats–Unis, pense également que la source des névroses tient au fait que l’homme, en s’identifiant à son ego, s’est coupé de sa source et vit d’une façon étriquée et incomplète qui ne peut lui permettre de toucher à la complétude.

La psychologie transpersonnelle s’est donné pour tâche d’étudier et d’analyser ces états non-ordinaires de conscience que, jusqu’alors, la psychiatrie occidentale assimilait à des désordres psychotiques et à des mécanismes hallucinatoires qu’il convenait de supprimer par des médications souvent lourdes.

Les psychothérapies transpersonnelles intègrent dans leur modèle la reconnaissance de ces états de conscience comme une manifestation saine de la psyché et en favorisent l’apparition.

La Respiration Holotropique, mise au point par Stanislav et Christina Grof en est un exemple type. Cette méthode combine plusieurs facteurs : l’activation du souffle, une forme de musicothérapie et un travail sur le corps lorsque nécessaire.

Le but est de permettre à l’individu d’accéder à des états de conscience inhabituels qui lui ouvrent des perceptions, des sensations, des émotions, des sentiments ou des prises de conscience non accessibles à la conscience ordinaire.

L’association, la combinaison, de cette respiration modifiée et de musiques particulièrement évocatrices potentialisent cette émergence et favorisent des ouvertures de conscience transformatrices.

Comment agit la respiration ?

Après avoir étudié les pratiques respiratoires utilisées par de nombreuses traditions pour modifier la conscience, Grof s’est aperçu que la plus efficace était l’intensification et l’accélération du souffle, c’est-à-dire l’hyperventilation.

L’hyperventilation ou tachypnée apporte plus d’air (02) dans les poumons et augmente l’élimination de gaz carbonique (CO2), ce qui provoque une alcalinisation du sang.

Ces deux éléments induisent une vasoconstriction du cerveau, probablement à l’origine de la modification de la conscience.

Le cortex est généralement plus affecté que les parties plus anciennes du cerveau par des influences comme l’alcool et c’est peut-être grâce à une action inhibant les résistances ou mécanismes de défense du moi du niveau cortical que les processus inconscients émergent lors d’une séance de respiration holotropique.

Selon la médecine universitaire officielle, le risque de telles pratiques est de provoquer le fameux syndrome d’hyperventilation qui se manifeste par une crise de tétanie principalement localisée dans les extrémités des membres (spasme carpo-pédal).

 

Pour faire face à cette crise, il est en général préconisé de faire une injection de calcium ou de tranquillisant et de placer un sac en plastic sur le visage de façon à ce que la personne réabsorbe le gaz carbonique rejeté.

Or, les observations recueillies sur des milliers de personnes ayant pratiqué la respiration holotropique nous donnent des informations tout à fait différentes.

Ces manifestations, au lieu d’être l’apparition de phénomènes pathologiques, sont l’expression d’un processus de guérison psychosomatique.

Il est à noter que ces tétanies n’apparaissent pas chez tout le monde, loin de là, et que les zones concernées par d’éventuels spasmes ne sont pas toujours les mêmes -bien que les extrémités des mains et le tour de la bouche soient les zones les plus fréquemment touchées.

Autre constat très important : ces somatisations disparaissent en général au bout de quelques séances, bien que le processus respiratoire s’approfondisse ; on ne peut donc pas faire de corrélation absolue entre la respiration activée et le syndrome d’hyperventilation.

L’hypothèse la plus convaincante, proposée par Grof et corroborée par mes observations, est que l’hyperventilation crée dans le corps une situation biochimique permettant à d’anciennes tensions physiques et émotionnelles non résolues de se manifester.

Ce processus est mis en œuvre par une intelligence profonde du corps qui porte en lui la capacité de se guérir.

Nous observons en séance que c’est le matériel le plus chargé émotionnellement qui émerge le plus spontanément pour être « travaillé » par la personne.

Le choix fait par la médecine de supprimer le symptôme revient donc à interrompre brutalement le processus spontané de guérison.

Si des tétanies ou autres douleurs, tensions, blocages énergétiques apparaissent, ils ont toujours un sens et représentent une chance pour l’individu qui s’est engagé dans un travail de guérison psychosomatique, émotionnel ou même spirituel.

Le travail clinique nous invite à faire confiance à l’intelligence de l’organisme : en effet, en cas de crise, si l’individu continue à hyperventiler, les tensions ou spasmes arrivent à une sorte de point culminant suivi d’une relaxation soudaine, intense et totale, ou se transforment en une décharge émotionnelle signifiante et libératrice.

Le soutien de la musique

Le travail respiratoire est « porté » par une sorte de voyage musical qui donne du « souffle » à la respiration et crée une onde porteuse qui soutient et accompagne l’individu dans son voyage intérieur.

Cette expérience se pratique en général en groupe et dure environ 3 heures.

Il s’agit d’un cycle naturel qui laisse à l’individu le temps d’entrer en contact avec des zones très profondes de son inconscient, contact qui demande une grande disponibilité et un environnement compétent et sécurisant.

La respiration, moteur principal ou plus exactement véhicule de ce voyage, sert à lancer le processus, puis c’est l’expérience émergente qui appelle l’attention du « voyageur ».

Il n’est pas demandé de garder la conscience sur le souffle mais plutôt sur ce que le souffle fait apparaître.

La musique, en tant qu’apport énergétique, agit également en ouvrant, soutenant, enveloppant et guérissant.

C’est pourquoi je parle de véritable musicothérapie, même si ce n’est pas l’idée que nous nous en faisons habituellement.

Le souffle nous invite à explorer notre relation à l’instant présent. Dans la conscience du souffle, nous ne pouvons pas être en contact avec le passé, le futur, l’ailleurs.

Nous sommes présents, ici et maintenant, et c’est à travers cette instantanéité que nous pouvons réellement entrer dans une vraie relation à nous-même.

L’amplification de cette respiration intensifie notre niveau d’énergie et rend plus manifestes des éléments masqués par le voile de l’inconscient.

 

L’inspir est actif, l’expir passif, résultat de la pesanteur ; dans ce lâcher prise, dans cet espace ouvert, nous pouvons rencontrer l’esprit qui nous anime, la part de mystère qui nous constitue.

Entrer dans la conscience du souffle nous ouvre à notre humanité (la terre) et nous donne un axe vertical qui nous relie au ciel (le divin).

Quelles que soient les difficultés ou les gouffres que nous rencontrons, notre respiration nous ramène toujours à cet axe, même si nous l’oublions, jusqu’à ce que nous « rendions » notre dernier souffle, au soir de notre vie.

Auteur : Bernadette Blin

Bio B. Blin

Psychothérapeute, fondatrice du G.R.E.T.T. (Groupe de Recherches en Thérapie Transpersonnelle), membre titulaire du Syndicat National des Praticiens en Psychothérapie.

Auteurs de 6 relaxations guidées avec musique (Ed° Diem) et de divers articles sur la respiration holotropique.

Cliquez sur ce lien pour accéder au site du magazine « Science de la conscience »

Le site de l’École de La Nouvelle Psychologie Spirituelle : ecole-nps.com.

 

 

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