Nos sens, donc en aval tout notre fonctionnement cérébral, sont envahis à chaque instant par des centaines d’informations de toutes sortes, dans lesquelles nous devons faire un tri sous peine de submersion et d’incapacité à réagir.

On incrimine en tête les bruits sonores, ce sont les plus ostensibles…

Mais pour atteindre un vrai silence, il faut couper bien des robinets !

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre ».
Dans ses Pensées (les a t’il écrites dans une chambre ?), Pascal débusque notre hyperactivité chronique, notre propension à rester en alerte ou à ressasser des cogitations dont la plupart sont négatives : questionnements, regrets, peurs, dépits…

« Faire le vide », c’est sans doute une bonne méthode thérapeutique.

Concernant nos encombrements moléculaires, on sait faire : les cures détox, ou mieux des jeûnes réguliers…

Mais concernant les encombrements « sensitifs », la médecine agit plutôt par des remèdes « anti » (antidépresseurs, anxiolytiques, etc…). Et pourtant, installer le silence dans les neurones ne demande pas des médicaments, mais un changement d’attitudes ou d’environnement.

 

VACARMES SONORES ET SANTÉ PUBLIQUE

Quand on raisonne « silence », on pense immédiatement à son antonyme « vacarme ». Donc bruit dans les oreilles.


Pour entendre, et donc pour subir, nous sommes équipés d’un organe auditif très perfectionné, mais fragile.


Un son, c’est un ensemble d’ondes sonores, des ondes compressives périodiques longitudinales se propageant dans un milieu élastique (air, eau, mur de béton…).


Ces ondes sont caractérisées par leur hauteur (= leur fréquence), leur niveau sonore et leur timbre (en gros, leur mélange).


L’oreille humaine perçoit les ondes sonores dont les fréquences sont comprises entre 20 Hz (en dessous les infrasons, qui peuvent ébranler physiquement les tissus), et 20 kHz (au delà, les ultrasons que peuvent percevoir d’autres animaux, comme les dauphins ou les chauve-souris).


Ces compressions successives de l’air sont captées et transmises mécaniquement par le tympan et les osselets de l’oreille moyenne, puis réexpédiées en milieu liquide dans la cochlée, où des cellules ciliées réagissent selon la fréquence pour en informer neurone par neurone, le cerveau.


Le schéma ci-dessous montre la disposition des cellules ciliées dans la spirale de la cochlée. Pour une fréquence donnée, une trop grande puissance (=bruit) entraîne des déchirures des cils et des cellules correspondant à cette fréquence. Et ensuite, une surdité partielle dans cette « fenêtre » sonore.

Disposition des cellules ciliées dans la spirale de la cochlée

Nous naissons avec environ 16000 cellules ciliées, et en cas de lésions, elles ne se remplacent pas.


Le niveau sonore est exprimé en décibels de zéro à 140 dB.


Une valeur de 40 dB correspond à une vie calme (conversations policées, rumeur de rue piétone), 100 dB au vacarme d’une piste d’aéroport. La nuisance nocturne commence à 60 dB (insomnies, hypertension, hypercortisolémie, dépression).


Pour l’audition, le seuil de risque commence à 85 dB, proportionnellement au temps d’exposition.

Mais en fait, l’oreille n’a a pas la même sensibilité selon les fréquences : elle a une sensibilité maximum aux alentours de 4000 Hz, alors que les sons graves et aigus sont plus faiblement perçus : dans le diagramme ci-dessous, on voit que pour une source sonore de 60 dB (mesurée par un sonomêtre), qui émettrait deux sons à 40 Hz et 100 Hz, le ressenti à l’oreille est de 10 dB seulement pour le 40 Hz, mais de 60 dB pour le 100 Hz….


Le seuil de douleur dépend, lui aussi, de la fréquence du son perturbateur.

Courbe isonique

 

Le bruit est partout, et toujours plus intense.


Nous sommes désormais quasiment tous citadins, avec une densification urbaine intense. En gros, on est les uns sur les autres.


Si certaines pollutions sonores ont été encadrées (les mobylettes, les autos, les avions), il s’avère que le niveau sonore global est devenu problématique. Et surtout à base de jemenfoutisme et d’incivilités : autoradios 2X 20W meuglants, terrasses de restaurants devenues de boites de nuit, discussions à tue-tête via les téléphones portables, etc.


Les horaires devenus très élastiques font que le répit sonore n’existe pas, le vacarme en ville commence à 6 h du matin avec les camions poubelles pour se « terminer » vers 2 h le matin par la fermeture des débits de boissons.


Les bruits sont d’ailleurs tellement significatifs de la vie citadine, que désormais des micros viennent épauler les caméras de surveillance : elles peuvent capter et détecter des évènements survenant hors caméra (altercations, incidents de circulation), les situer dans le temps et l’espace, anticiper de réactions pour les services de sécurité.


Ces micros sont en particulier utilisés (Flysense) dans les collèges et universités américaines.


Les jeunes, amateurs de décibels, s’enfermaient auparavant dans des « boites » calfeutrées, désormais l’exubérance musicale s’exerce dans la rue jusqu’à plus d’heures.


Ceci pour les « oreilles des autres ».

Mais le phénomène « je m’enferme dans ma bulle sous mon casque » touche une grande proportion d’adolescents, voire d’adultes, qui en prennent « plein les feuilles » durant leurs trajets, mais aussi à la maison, et même jusque dans le lit où ils s’endorment avec…. Jusqu’à 5 à 7 heures par jour. A Paris, on note des acouphènes chez 50%, oui 50%, et des pertes d’audition chez 20% d’entre eux.


Pour tout le monde, le silence est un bien en voie de disparition. Et on ne peut pas dire que les édiles ou dirigeants prennent conscience de cette réalité.


Chez les Romains, il était interdit toute circulation bruyante dans les rues de Rome entre coucher et lever du soleil.

Raisons de sécurité ? En tous cas sécurité des tympans !


Car nos oreilles n’ont pas de paupières : elles captent en permanence, même pendant le sommeil, tous les bruits du voisinage.

Des pathologies diverses, mais sérieuses.


Et ce qui était primitivement un gage de protection contre les prédateurs ou les ennemis, est désormais une source de nuisances pathogènes.


Le phénomène est bien sûr lié aux conditions de travail. Les métiers de l’industrie, des BTP, des transports … mais aussi les musiciens, sont plus exposés, mais aussi encadrés par la législation du travail.


Car les conséquences ne sont pas anodines :
  • effets cardio-vasculaires au delà de 70 dB, qui commencent par des pulsions d’adrénaline avec donc hypertension, maux de tête, fatigue, ulcères gastriques. Et avec le temps, risques avérés d’infarctus ou d’AVC.
  • Effets nerveux : le stress. Subir du bruit (rien que le fait de subir !) en permanence entraine une production continue de cortisol, donc un épuisement surrénalien, une moindre capacité immunitaire. On passe graduellement de l’eustress, réponse physiologique, au distress, réponse pathologique d’un organisme qui se met en danger.
  • Effets sociaux : l’épuisement physique (insomnies et surmenages) entraine la dépression (difficultés à suivre le rythme au travail ou dans le contexte social), mais aussi les contrariétés (donc colères, incivilités, jusqu’aux actes violents).
  • Effets sur le développement fœtal. L’hypertension en cours de gestation entraine une vasoconstriction qui réduit le flux sanguin et peut engendrer une hypoxie du fœtus, de faibles poids à la naissance ou des prématurés.

La puissance des basses fréquences

On ne les perçoit que très peu, mais elles peuvent être puissantes et ravageuses : les très basses fréquences. Elles ont été employées comme moyen de contrôler des foules (en donnant mal de tête et troubles de l’équilibre. Et mises de coté pour l’instant par ( ?) précaution.

Des chercheurs américains , (Tran et Robertson), leur ont trouvé une utilisation étonnante : elles permettent d’étouffer des feux en séparant les molécules d’oxygènes et celles qui sont combustibles. La fréquence utilisée se situe vers les 40 Hz, mais avec une puissance sans doute conséquente.

Retrouvez l’ensemble de cet article disponible en fichier pdf sur le numéro 124 d’Effervesciences

Retrouvez tous les numéros du magazine Effervesciences en cliquant sur ce lien

 

 

 

 

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